( 29 septembre, 2008 )

Concours de transcription

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Mme Isabelle Bon  accompagnée de sa maman , avec Charly Grenon.

Le prix de transcription du conte « Vieille Chenille » a été attribué à Isabelle Bon , par les jurés : F Julien-Labruyère, Directeur des éditions du Croît vif, Pierre Péronneau Jacques Duguet , Jacques-Edmond Machefert et  Charly Grenon.

François Julien- Labruyére mécène de ce jeu , lui a remis le prix bien mérité du concours : le livre »Goulebenéze le Charentais par exellence » regroupant  les oeuvres complètes d’Evariste Poitevin.
Paul Guinard , jeune concurrent de 16 ans a particulièrement été remarqué  par le jury .
Merci a tous les participants qui se sont impliqués dans ce jeu par de bien agréables transcriptions  . Voici celle  d’Isabelle Bon , l’heureuse gagnante :

 Il s’appelle Edmond, mais on le surnomme « Monmon ». Maintenant, il est seul, tout seul à venir s’asseoir sur la pierre. On dit la pierre, en réalité, il s’agit d’un banc de pierre. Deux petites soutenant une grosse, qui vu son grain, ne peut venir que des Chaudrolles entre Cherves et Saint-Sulpice. Impossible de la confondre avec celle de Saint-Même.
Combien de fonds de culottes se sont-ils usés dessus, malgré les raccommodages, ravaudages et rapiéçages ? Et des jupes de vieilles… rien de jeune là-dessus !  Que du vieux… que des vieux qui se sont assis-là !
Le matin, pour ne pas gêner les femmes qui préparent la soupe « Sortez-vous de là le père, laissez-moi la place, allez donc avec ceux de votre âge ! » il va s’asseoir sur la pierre. L’après-midi, après la sieste, quand l’ombre recouvre la pierre, il va pour bavarder avec l’un ou avec l’autre ; des fois il se retrouve tout seul ; alors il marmonne contre la bru, le gendre, et même le gouvernement.
Que faire d’autre ?
Monmon n’est venu s’asseoir sur la pierre que lorsque son dos ne voulut plus se courber et qu’il lui fut impossible de vaquer à ses occupations habituelles. Le temps qu’il se relève de sa pierre, appuyé sur son bâton, l’averse est passée. Ah ! il ne faudrait pas vieillir…
Maintenant, le vieux du village, c’est lui, il n’y en a plus d’autres. Il aime dire « Il n’y a plus d’ancien, même pas moi, mais il se pourrait bien que je sois le plus vieux des jeunes.
Bombe X était encore là avec lui il y a quinze jours. Maintenant il est parti pour le grand repos certainement retrouver le Grand Charlot, pour lui dire sa façon de penser. Il ne pouvait pas le voir en peinture et n’a jamais voté pour lui. S’il a été surnommé Bombe X c’est la faute du général : en 1968 quand De Gaulle fit exploser sa bombe H la même année que la jeunesse s’est révoltée contre lui, notre Bombe X vociférait comme un sauvage : «  espèce de grand corniaud ! voilà où mènent les militaires à faire crever les gens avec ces bombes qui mettent l’économie du pays en miettes ! vas-tu arrêter ? Depuis ta Bombe A te voilà rendu au H faudra t-il faire défiler tout l’alphabet pour que tu partes du gouvernement ? Vivement la Bombe X et que le front populaire revienne ! »
Depuis ce temps là, les gens l’on surnommé Bombe X.
Mais Monmon qui le retrouvait sur la pierre à longueur de journée ces derniers temps préférait l’appeler  « Vieille chenille ». Mon pauvre ami ! Malheur à celui qui aurait osé faire allusion à ces événements politiques ! Alors « Vieille chenille » était pour lui un bon subterfuge  pour ne pas le vexer !
Voilà donc Monmon à bout de souffle, fatigué, tremblotant de tous ses membres, désemparé et esseulé sur sa pierre.
Dans sa vieille tête, ses pensées se bousculent ; des flashs de sa jeunesse lui reviennent : quelques images de filles dont il ne se souvient même plus le nom, un coup de fusil qui claque et le casque d’un soldat qui s’ensanglante ; un français ? un allemand ? qu’elle importance ?
Il revoit aussi « Pompon » le cheval : il fallait siffler pour le faire pisser. Une poussette, sa bru, un essuie-mains accroché à son tablier. Des souvenirs du passé, des choses d’autrefois…
Il n’y a donc plus d’avenir ? Vraiment rien à espérer ? Rien à attendre ?
Comment est « Vieille chenille » maintenant ?
Il tourna la tête, regarda vers la droite, où Bombe X s’asseyait autrefois… pas de Bombe X, pas de « Vieille chenille »… il ne vit personne… rien, plus rien !

Et puis, tout à coup, sur le lilas d’Espagne, tout à côté, deux yeux le fixaient ; deux petits yeux noirs sur une chenille toute pimpante  lui donnèrent l’illusion de revoir son ami. Il en fut tout chaviré.

- « Vieille chenille » ? interrogea-t-il.

Et c’est à ce moment-là qu’il entendit une petite voix  :

- Allez viens !… Viens donc 

 

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