( 7 janvier, 2009 )

Le Saintongeais, patois ou parlange ?

N d wm : En ce  billet, certains personnages sont cités par l’auteur. Mais les propos d’un auteur n’engagent que lui - même s’ils ont toute ma sympathie – et il ne sera pas donné de droit de réponse à ce billet, sur ce blog. Seul l’auteur sera en mesure d’étudier et de donner suite à des demandes en ce sens .

                                  Le chapeau de Goulebenèze revenu pour saluer les Saintongeais [ cliquez ici ]

Lorsque la rédactrice en chef de « Xaintonge » s’est lancée, en mai 2003, dans son « grand » lexique dont on ne voit pas la fin, elle utilisait, indifféremment, les mots parlange, jabrail ou patois : « un parlange qui s’oublie, et la langue française s’appauvrit » écrivait-elle dans son deuxième livret. C’est alors qu’un de ses amis en qui elle a toute confiance lui fit remarquer que « parlange » était utilisé par les Poitevins mais pas par les Saintongeais. Parlange un mot poitevin ? Quelle horreur ! Il faut le proscrire de notre vocabulaire ! Et de tenter d’expliquer sans état d’âme, dans son sixième livret, pourquoi elle n’utiliserait plus ce mot abominable !

En réalité, le mot parlange est autant saintongeais que poitevin, et je suis persuadé qu’il est utilisé dans d’autres régions de France. Mais jusqu’à ces dernières années son emploi était peu fréquent. En feuilletant l’hebdomadaire « Le Piron », créé par Goulebenéze et Gaëtan Savary en 1921, on le trouve de temps en temps sous la plume de certains collaborateurs du journal. Lexis Chabouessa écrivait par exemple, à propos de Goulebenéze : « … ce naturel qu’il possède au plus haut degré … par sa connaissance approfondie du parlange de chez nous … ». Mais c’est le mot « patois » qui était le plus souvent utilisé par Tintin Birollet, Mathurin des Palennes, Bric-à-brac et les autres. Le Piron s’intitulait d’ailleurs : « Journal satirique, humoristique, et en patois des Charentes ».

Le parlange a été tiré de l’oubli récemment par les tenants du poitevin-saintoingeais, pour être un symbole de langage unique entre Loire et Gironde, faisant fi de nos différences. Le poitevin-saintongeais, ou plutôt poetevin-séntunjhaes, vous connaissez ? Non ? Voici un exemple : « Le poetevin-séntunjhaes ét de l’aeràie daus parlanjhes d’oéll, mé le cote l’aeràie de çhélés d’o ». Vous n’avez rien compris ? Rassurez-vous, moi non plus. Vous imaginez, si « le Subiet » avait été baptisé jhôrnau en parlanjhe des Chérentes et dau Poétou, avec des textes écrits de cette façon ? Nos anciens, Barthélemy Gautier, le Docteur Jean et Goulebenéze écrivaient pour être compris par tous, n’est-ce pas le plus important ? N’oublions pas que le patois (ou parlange) est une langue orale.

Mon ami Éric Nowak, pour lequel j’ai beaucoup d’estime (il a écrit quelques pages de qualité sur la langue de Goulebenéze dans notre ouvrage « Goulebenéze le charentais par excellence »), tente actuellement de promouvoir le mot « parlange ». C’est son droit. Éric est encore très marqué par sa culture poitevine-saintongeaise. Mais était-il nécessaire de prendre comme référence mon grand-père Goulebenéze, pour justifier l’utilisation de ce mot par des Saintongeais ? Comme s’il avait besoin de la caution morale de Goulebenéze. En réalité, parmi les 400 textes du grand Saintongeais que nous avons rassemblés, une seule fois le mot « parlange » a été utilisé sous sa plume, de façon anecdotique, dans un monologue de chansonnier daté de 1921 relatif à la pénurie de tabac : Point d’ tabat !. Comme il en avait l’habitude, il reprit et corrigea son texte en 1941, pour l’adapter aux circonstances, et remplaça le mot « parlange » par « langage ». Pour quelle raison, je l’ignore, mais cela n’a pas d’importance.

Pour ma part, je trouve le mot « parlange » trop pompeux pour définir un langage attaché à la terre et aux paysans, et je reste favorable au « patois ». Certains « intellectuels » trouvent le mot « patois » vulgaire ce qui, paradoxalement, conforte mon opinion. Goulebenéze avait une très belle expression : le langage des vieux pères.

Mais qu’importe. Patois, parlange ou autre, l’essentiel est ce qu’il y a derrière ces mots, la façon d’écrire, de parler, de défendre notre culture. Le reste est une affaire de linguistes. Et les linguistes m’ennuient profondément, dans la mesure où leurs discussions ne concernent que des « pinaillages » qui n’intéressent personne (sauf peut-être eux-mêmes), et où ils ne sont jamais d’accord entre eux.

Mais je m’aperçois que je fais comme eux, je me suis lancé dans une discussion stérile qui ne mène nulle part. Serais-je devenu ennuyeux, moi aussi ? Nos anciens ne se posaient pas toutes ces questions, et ils avaient raison.

Bon, j’arrête. Et ceux qui ne sont pas d’accord avec moi, je les invite à venir en discuter. V’nez donc ! Jh’ai teurjhou ine bouteille de pineau au frais. Jh’ai minme ine bouteille d’égail boisé que thieu grand chéti de Cadet Rabistoque m’a dounée in jhôr vour qu’il était de boune humeur (ol arrive point trop souvent). In câlin, in boun-t-à reun, qu’a jhamais v’lu me douner soun arcette ! Mais coume ol est in biton dau Pays-bas saintongheais, là vour que mon grand-père Goulebenéze est néssu, jhe li pardoune. V’nez donc,  jhe peux vous acertainer qu’amprès cinq ou six varres, jhe causerons teurtous en patoués, et point en parlanjhe …

Pierre Péronneau

Publié dans K . Gouille par
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